04.05.2010
Stages et grandes entreprise : l’alibi de la formation
http://socialwaves.blog.youphil.com/archive/2010/05/03/st...
En pleine crise, les grands groupes français maintiennent leur position en devenant de moins en moins regardant sur les conditions humaines qu’ils « drivent » quotidiennement. Leurs données sociales et financières actualisées pour 2009-2010 permettent de jeter le trouble dans la communication assez basique des magnas du CAC40 et plus largement des grandes entreprises. Ainsi tous confondus, qu’ils trouvent leur raison de vivre dans la finance, qu’ils dénichent leur espace dans la propreté des villes, qu’ils se spécialisent dans la distribution de l’eau, qu’ils affectionnent la fabrication de médicaments, qu’ils soient enfin dans la vente d’armes, ces géants industriels délocalisent toujours dans leur discours des petits arrangements sociaux in tantinet « borderline ». Ainsi, on se rappelle de France Telecom rabaissant les hommes au rang de numéro au point de les envoyer outre tombe. On pointera le calvaire des centrales d’appels avec leur cadence montrant une modernité oppressante pour l’employé oeuvrant dans un bagne high-tech de phonecall infernaux. On peut aussi juste voir les temps partiels qui renouent avec des pages d’histoire industrielles dignes de Zola. Temps dilapidés dans la journée, temps morcelés sans logique. Temps perdus y compris pour l’entreprise. Oui, ce temps devenu obsession pour le monde moderne. Ce temps des employés n’appartenant qu’au DRH, leur vie aussi... Malgré ces réalités sociologiques déjà lourdes, certains communiquent sur le maintien de l’emploi dans leur secteur. D’autres clameront leur succès au travers d’embauches en CDI pléthoriques alors qu’il n’y a qu’a surfer sur des sites d’emploi pour vérifier le marasme croupissant de l’ensemble des filières.
Ces groupes sont des « Arias structurels ». Le bon Arias de La Bruyeres personnifiait le pédant du XVIIIieme siècle étalant des réussites non avérées avec une telle faconde que personne n’eut osé l’interrompre dans son discours fleuve, bien ennuyeux, presque publicitaire, masquant une existence vide de sens. Ces Arias du CAC40 oublient leur petite vie, publicisent leurs résultats très hypothétiques, calqués probablement sur des prophéties d’agence de notation version « pre-subprime », galvanisent des exploits de capitalisation, inventent des stratégies futures sur des passés inexistants… Des Arias financiers donc beaucoup moins anodins que le personnage initial qui aurait eu seulement pour conséquence de gâcher la soirée de quelques happy-few.
Les grands du CAC40 et leurs précieux ridicules œuvrant au sein de groupe moins nombreux mais tout aussi engoncés dans leur autosatisfaction sont mal à l’aise face à leurs propres données sociales qui sont là pour les rappeler à l’ordre. Les rapports sont ardus mais accessibles. Les formats électroniques PDF sont alors d’une grande flexibilité pour celui qui va a la rencontre de la vérité. Ainsi, les Baltazar Garcon du Web n’ont qu’à se servir dans les historiques en ligne des groupes trop sur d’eux pour imaginer que quelqu’un ira lire ces documents. Passons outre la comm des 20 premières pages, il suffit de se fondre dans la structure du fichier pour aller vers les données utiles. Ces chiffres là qui sont rarement en tête de gondoles des articles de presse, les journaux économiques n’en parlent pas ou restent évasif sur ces sujets trop occupés à flatter les puissants hexagonaux. Les chiffres sont donc là… Car dès qu’il faut se vanter vis-à-vis des actionnaires. Là, tout sort… un tel se réjouira de ses engagements dans la formation des jeunes, tel autre parlera longuement des politiques d’intégration de gamins des quartier. Tel autre groupe ira vanter sa prodigalité vis-à-vis de certains retraités VIP et se félicitera de son million par an accordé sur trente années à un vieux chef qui pourtant n’aura pas su gérer les mutations de sa société. Cerise sur le gâteau, certaines donnes financières en lignes iront jusqu’à spécifier les contrats récemment signés concernant les accords pécuniaires d’une retraite versé à de jeunes DG qui veulent avoir les mêmes privilèges que leur prédécesseurs. Ainsi en 2010, on signe déjà pour le million d’euro qu’on touchera dans 25 ans… C’est vrai on ne prête qu’au riches dit le dicton, mais on ne donne aussi qu’aux riches. Oui, les Carlos Gohn indéboulonnables et totalement has been de la contingence moderne sont nombreux à capter la manne des entreprises après des passages exécrables aux affaires… C’est si naturel dirait un Alain Minc d’opérette incapable de sortir de ses repères miniatures, à son image... Voila donc que ces données sociales et financières de ces groupes peuvent devenir des pièces à conviction particulièrement insidieuses pour ces géants. A l’heure des plans sociaux, des tergiversations pour donner une allocation de fin de droit à des chômeurs victimes de spéculations lamentables… les données financières des grandes entreprises montrent un autre monde. Un monde de richesse non avouées et de partages égoïstes… Du « Pinçon-Charlot » avec l’insolence de la verve financière…
Tout est là. Archivé et accessible pour les investisseurs et dupliqué sur les sites de référence boursières. Si, si l’autorité des marchés financiers affiche par transparence ces documents qui auraient déjà des monceaux de poussières s’ils avaient été en format papier. Plus précisément, année par année on peut voir une sociologie de mauvaises pratiques. L’une d’entre elles ressort du lot. Il s’agit du traitement du jeune, du débutant. La « traite du jeune » oserait on dire. Alors que l’enfant roi reste une valeur niaise de notre monde occidental, le jeune actif lui est au point de départ d’un parcours du combattant. Avec des pièges, des tracasseries, des entourloupes… des trahisons, des arnaques et des abus. Un purgatoire primal doit être traversé ce qui conduit à une déperdition d’énergie et d’espoir énorme. Le jeune étant finalement une sorte de « jigsaw falling into wrong place » pour pasticher le titre de Radiohead.
Considérant ces chiffrages officiels, l’utilisation de la jeunesse est un exemple majeur de la duplicité entrepreneuriale. Incontournable. Ecoeurant et révoltant. Et pourtant tellement banalisé. Son point d’orgue : Le stagiaire et les stages… un bizutage social organisé pour certain. Une manne bien exploitée au détriment de tous et surtout du stagiaire. Les stages et stagiaires sont ainsi la première ligne d’abus grandissants et se démultipliant depuis le coup d’arrêt de la société post-industrielle de 2007, les subprimes.
Ainsi, en 2005, la plupart des grands groupes comptaient entre 3000 et 7000 stagiaires. Mais en 2007, l’engouement pour les stagiaires se répercutait au travers d’une hausse de 15 à 30%. Une donnée préoccupante comparée à la stagnation des CDD offerts ou la pauvre croissance des offres de CDI masquant les départs en retraite massif du « papyboom ». Ceci n’est rien lorsqu’on épluche les chiffres de 2010. On dépasse les prévisions les plus alarmistes concernant l’emploi des jeunes. Le stage est devenu le cercle vicieux dont on ne sort jamais. On fait un master, puis un autre et on enchaîne alors le parcours féodal prévu par une complicité entre les universitaires et les entreprises. Les uns peuvent monter des diplômes mousseux pour des professeurs toujours en manque de lignes à ajouter sur leur CV. Les autres profitent de cette main-d-œuvre facile à influencer et à manipuler. Le duo infernal des universités et entreprises se met en branle pour catalyser un abus du jeune. En 2010, les groupes se gavent de stagiaires. Ils sont jeunes et pas chers,virables et interchangeables. Ils font tourner des services ou des sous-traitants. Ils reçoivent une gratification dira t on. Autre mot discriminant comparé au travailleur classique qui lui est salarié. Le gratifié reçoit une obole de 417 euros pour ses 40 heures hebdomadaires, sans cotiser à quelques retraites ou dispositif de santé. Le gratifié n’existe même pas dans le code du travail. Il est expédié et classé au niveau légal lors des dépôts de bilan dans le matériel encombrant des boites. Il passe après les salariés, les fournisseurs et sa gratification n’existe que par un stratagème législatif honteux qui fut imaginé par quelques syndicalistes de mèche avec des politiques très libéraux. On se souvient de l’extrême cynisme de Gerard Larché lors de l’émergence de Génération Précaire, collectif pour la défense des stages. Celui-ci fulminait car tourné en ridicule voire totalement ringardisé par le collectif déterminé et festif. Aujourd’hui même, cet ancien ministre du travail, sûrement rancunier de l’irrévérence de ce collectif, essaie de dépecer la notion de gratification des stagiaires du haut de sa chère au Sénat en supprimant cette obligation minimaliste dans certains secteurs liés à l’aide sociale. Ubuesque cette décision a été presque entérinée le 29 avril… la gratification serait abrogée jusqu’en 2012… Mais pour revenir à nos stagiaires modernes, déboutés du droit des salariés, ils sont donc à coté du code du travail pour d’autres raisons… Leur gratification est pourtant très avantageuse pour l’entreprise et encore plus pour les géants financiers. Un stagiaire coûte sur un poste environ 6 à 10 fois moins cher qu’un simple salarie. Imaginons également l’économie faite pour certaines fonctions de haut rang occupées par des Bac+5. Dans un procès récent opposant David un jeune stagiaire au LCL, on pouvait constater que certains stagiaires pouvaient avoir quasiment des fonctions équivalentes à celle de manager principal de banque… avec une gratification dérisoire évidemment. Mais en 2010, Generation Précaire a sorti les chiffes qui dérangent. De 800000 stagiaires en 2005, la population en stage est passée à 1200000. Chiffre en dessous de la réalité car les offices des stages universitaires sont incapables souvent de donner la moindre statistique concernant la délivrance de convention de stage. Certaines d’entre elles étant téléchargeable directement sur Internet… Lors d’une action menée contre la BNP et Danone, Julien du collectif a eu juste à montrer les 4500 stagiaires du groupe bancaire comparé aux 3000 d’il y a quelques années. Julien dénonça fermement ce cynisme moderne en pleine crise. Danone n’est pas en reste pour user des stagiaires. Le pompon a été accordé à la société générale qui est passé de 5000 stagiaires à 9300 en un temps record. Pourtant le nombre d’actif stagne à 43000, le nombre de CDD est toujours voisin de 1600 dans cette banque… les embauches remplacent à peine les départ en retraite… Une honte nouvelle… un manque de civisme social… presque un manque de politesse éthique… tout cette débauche d’abus de la jeunesse. On parle d’effort de formation. Argument risible pour des groupes qui ne font pas dans la dentelle habituellement.
Certains comme Guillaume de Génération Précaire se posent la question de savoir si ces débordements ne sont par à relier à une forme d’incompétence vivace au sein de DRH formés à l’ancienne, ne percevant pas les mutations de la société… Tellement vissés à leur emploi qu’ils ont perdu la notion du chômage de masse s’amplifiant dans nos villes et campagnes, qu’ils ont incapable de jauger le désespoir générationnel. Un autre membre du collectif nommé « La toile » pour son omniprésence sur le web ne voient que « Pwofitation » (Parole créole) dans une société larguée dans ses repères absurdes d’identité nationale et obnubilée par une burqa qu’on agite pour faire ruer les cerveaux comme dans une corrida de seconde zone… occuper les cerveaux pendant que tout s’écroule, ou les rendre moins disponibles à des frustrations inconfortables. « La Toile » considère que les géants essaient aujourd’hui de travailler la pingrerie à tous les niveaux en divisant et déstructurant de manière réfléchie leur personnel. Le cœur de la problématique étant la formation des jeunes et le sort des vieux cadres. Dans les deux cas, la discrimination est tenace. Elle est masquée par le dogme facile de la formation ou du dépassement social. Le premier est le poncif classique. Le jeune n’est pas prêt à travailler, il coûte de l’argent. Le deuxième curseur sociologique poussé par les patrons est plus basique. Un vieux salarié peut être inquiété par la compétition tacite avec le jeune impétrant plus doué probablement en informatique ou plus rapide dans l’acquisition de nouvelles connaissances…le dépassement social étant alors la pierre angulaire sur laquelle jouera le DRH pour faire accepter l’abus des jeunes… un salarié moins capable verra d’un bon œil une forme de dumping social basé sur une main-d-œuvre corvéable et mouvante lui permettant de continuer un train-train ronronnant. Ses lacunes sont compensées par une population fluctuante (non sédentaire). Le salarié en CDI devient alors complice de l’abus. Mais ceci pour un temps seulement. Souvent, la politique de l’entreprise part d’un dumping doux reposant sur le stagiaire pour arriver à pousser le stagiaire comme un argument de harcèlement vis-à-vis des quinquagénaires en CDI. Ainsi, n’oublions pas la pression harcelante des DRH qui menaçaient les employés de France Télécom de remplacer vieux CDI par des jeunes stagiaires qui bossaient mieux et plus vite et sûrement pour moins cher. Ceci reste un moment anthologique d’un reportage du JT de France2. Le stagiaire est passé sans le savoir d’un statut d’actif servile à celui de population menaçante. La raison de ce bon de condition est simple. Notre société se met à tout évaluer. Tout doit être sujet à évaluation. Du gamin à la maternelle voire à la crèche jusqu’au senior désirant poursuivre une carrière ou un rêve, notre société évalue tout. Aussi, le vieux salarié attendant sa retraite tout en travaillant honnêtement se retrouve un jour sous l’œil inquisiteur d’une évaluation. Passé au crible, il est donc comparé à tout et n’importe quoi. Vient le moment où il est simplement mis en balance avec un stagiaire. L’évaluation aveugle et typiquement stupide fait son œuvre. Le vieux salarié n’est pas évalué comme père ou mère de famille. Il est un numéro. Une machine désirante privé d’échos social ou d’humanité dans une statistique débile organisé par un DRH lambda qui aura lu « la nouvel éval » du moment. L’engrenage est lancé et la conclusion écrite d’avance. Le vieux CDI doit accepter de relever ses cadences sinon la comparaison sera blessante. La discrimination sur les poncifs de l’age sera tracée… De complice d’un dumping dont nous parlions précédemment, le CDI est alors pris dans son piège sociologique. Une population sous payée prend la place des autres… et petit à petit cela se voit. Ainsi les données sociales de 2010 sont tout bonnement scandaleuses. Génération Précaire a raison de dénoncer cette nappe de mauvaise pratiques qui s’étend vers nos rivages sociaux et nos droits fondamentaux. Cette pollution sociale aura d’ailleurs des conséquences sur l’ensemble de la cité au sens platonicien, excluant par ailleurs la notion de fraternité indispensable à un développement politique durable d’un parcours commun. Fraternité évidemment au sens de Régis Debré. Une Fraternité essentielle conduisant des générations d’hommes à se battre « pour » . L’abus des stagiaires touche non seulement les aspects classiques du monde du travail voire dépasse cette norme pour toucher à des aspects fraternels qui nous construisent depuis l’avènement des lumières mais il touche à des éléments plus fondamentaux.
L’autre aspect important est notre rapport à la jeunesse. Prenons l’exemple des compagnons. Dès le début, ils sont pris en main et respectés lors de leur tour de France magnifique. Ils sont jeunes et pris dans leur richesse brute. Un peu comme des diamants à tailler lentement pour faire ressortir des facettes originales. Formés pour devenir des répliques améliorées et vivantes de maîtres d’entant. Le résultat de cette volonté de miser sur la jeunesse est flamboyant. Il suffit de parcourir quelques centaines de mettre dans la moindre ville pour rencontrer les œuvres de cette organisation humaine originale liée souvent à des principes maçonniques dont on devrait s’inspirer probablement abondamment. Plus prêt de nous l’apprentissage est un moyen très utile de pousser un jeune vers le marché du travail avec un salaire, une respectabilité et enfin une expérience qualifiante et sérieux. Les politiques ont pour l’instant eu la sotte idée de laisser en jachère le nombre de CFA et donc laissent le nombre d’apprentis dans une stabilité coupable. Le stage pourrait être aussi validant. Mais il faut y mettre le prix de la dignité et non cette sanction hideuse de la gratuité, pardon de la gratification forcée. Aujourd’hui, on scande les mots creux de formation en oubliant volontairement l’importance du passage initiatique que vit le jeune en phase d’apprentissage à la fin de ces études. Il mérite un salaire et une période facilitée pour intégrer bien plus qu’un métier mais une « citoyenneté sociale ». Il doit sentir sa présence souhaitée et désirée. Mais le niveau du management français n’a pas encore compris une nouvelle donne de l’hypercompétitivité. Elle repose sur un bien-être de l’individu et la condition de cette capacité nouvelle est l’intégration du jeune dans l’entreprise. Le salaire, l’absence de harcèlement, le respect et des conditions de fonctionnement bien pensée sont bien plus porteuses que toutes les brimades abjectes qui sont censées construire un futur salarié capable de bosser sans rechigner… Enfin, reconnaître la jeunesse et les stagiaires : cela passe par le prix de la dignité et son inscription dans le code du travail. Cette symbolique sociale est nécessaire. Sans cela, au delà du collectif portant le nom, une génération précaire risque de fusionner ses frustrations deja amplifiée par de nombreuses inégalités injustifiées.
En conclusion,
Les stagiaires aujourd’hui sont en première ligne de la crise. Ils sont devenus une variable d’ajustement des entreprises. Les données financières et sociales des entreprises cotées en bourses ont montré en 2009-2010 une croissance abrupte du nombre des stagiaires occupant visiblement des fonctions de salariés. Alors que leur rôle devrait être cantonné à celui d’observateur apprenant le monde du travail, le stagiaire occupe toute les fonctions d’un salarié mais ne reçoit pas le salaire de sa tache. Ce constat global montre que le statut des stagiaires doit être repensé et modifié pour le conduire vers un habile mélange entre l’apprenti moderne et le compagnon qui reste un modèle. L’abus donc des stages est devenu une forme de bizutage social généralisé et banalisé à cause de la crise. Alors que ce phénomène s’amplifie, il est urgent de mettre un coup d’arret à cette dérive assimilée souvent à un dumping social. Il est aussi important de changer les valeurs de cette société qui transforme l’enfant-roi en bagnard moderne par le seul fait qu’ils doivent expier sa jeunesse. Deja le Senat fait son oeuvre, en supprimant les gratifications des secteurs sociaux...
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